Témoignages

Maira Lebrón, une battante

Maira Lebrón est née en République dominicaine, plus précisément à Moca, une petite ville non loin de Puerto Plata, station balnéaire bien connue des Québécois et des Québécoises. C’est à dix-sept ans, après avoir obtenu son diplôme d’études secondaires, que Maira décide de rejoindre sa mère déjà établie à Montréal depuis 6 ans. 

Une intégration à l’arraché 
À son arrivée à Montréal, au début des années 1980, Maira ne parle pas français et ne possède aucune expérience de travail. Commence alors, pour elle, un parcours d’intégration difficile. C’est grâce à l’aide d’une communauté religieuse que Maira amorce son apprentissage de la langue française. Riche de ses maigres connaissances de la langue française, elle intègre rapidement le marché du travail. Les petits boulots se succèdent : employée dans une usine de textile, serveuse, cuisinière dans une pizzéria, Maira trime du matin au soir et souvent la nuit et, sur le tas, améliore sa connaissance du français. 

« En raison de ma méconnaissance des droits du travail, de dire Maira, comme la santé et la sécurité au travail, je me suis sentie souvent exploitée. Il m’est même arrivé de travailler sans salaire où ma seule rémunération fut le pourboire laissé par les clients. J’ai aussi travaillé dans une entreprise où les travailleurs et les travailleuses se blessaient et ne connaissaient pas les droits et moyens à leur disposition pour leur venir en aide. Par exemple, un collègue qui travaillait à la coupe de nourriture s’est vu amputer les doigts d’une main et ignorait à ce moment-là qu’il pouvait recourir aux services et à l’aide de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST). » 

Aujourd’hui, quelque vingt ans après son arrivée à Montréal, Maira est maintenant mariée, maman et connaît mieux la langue française. De retour sur le marché du travail en 2002 comme préposée dans le secteur hôtelier, elle s’engage dès 2003 dans la vie syndicale active. Elle assiste alors aux assemblées où elle se sent bien accueillie. Elle s’implique comme déléguée, ce qui lui permet d’aider concrètement les collègues de travail. De formation syndicale en formation syndicale, d’implication en implication auprès de ses collègues, Maira devient présidente de la section locale 9400 des Métallos en 2006; poste qu’elle occupera pendant deux ans. 

« Je ne peux demeurer insensible au désarroi des personnes immigrantes qui se retrouvent en difficulté en raison de leur méconnaissance de leurs droits. Je sais très bien à quel point on peut se sentir désemparé et facilement exploité dans un pays étranger quand on ne connaît pas la langue et encore moins ses droits. C’est pourquoi je milite en faveur de l’apprentissage du français comme élément principal d’une bonne intégration. En tant que membre du comité des personnes immigrantes de ma centrale, la FTQ, je crois contribuer plus concrètement aux objectifs que nous nous sommes donnés comme syndicaliste : accueillir et intégrer les personnes immigrantes selon nos valeurs de justice et de démocratie sociales. »