Témoignages

Un amour de vacance

Oukacha Errihi habite le Québec depuis 18 ans. Né à El-Jadida au Maroc, c’est comme jeune touriste qu’il découvre notre pays en 1986. Il s’y attache et ne souhaite qu’une chose, s’y installer. Un an plus tard, il cède à son coup de foudre et débarque avec son bagage professionnel qu’il nomme « technicien avion ». 

Sa recherche d’emploi dure près de trois mois. Un peu las de l’insuccès de ses démarches, il planifie son retour au Maroc. Surprise! La veille de son départ, il reçoit deux offres d’emploi, l’une venant d’Air Canada qu’il accepte. Et, c’est ainsi que démarre le parcours d’immigration d’Oukacha. 

« Mon intégration dans le milieu de travail n’a pas été facile, de dire Oukacha. J’étais le premier employé d’origine nord-africaine dans les ateliers de ce transporteur aérien. Ma différence n’échappait à personne. J’ai senti que ce n’était qu’en démontrant que je connaissais bien mon job qu’on m’accepterait. J’ai aussi compris, dès le départ, que ce serait plus long d’être accepté dans l’équipe qu’un technicien d’origine québécoise ou canadienne. » Mais comme le dit à la blague Oukacha : « Les Québécois oublient vite ». 

Syndicaliste un jour, syndicaliste toujours… 

En tant que travailleur au Maroc, Oukacha était syndiqué et militant actif et souhaitait le devenir dans son nouveau milieu de travail. Mais voilà, « j’avais peur de m’impliquer, je ne savais pas comment ça fonctionnait dit-il ». Cinq ans après son arrivée, après s’être familiarisé avec le fonctionnement de la vie syndicale dans l’entreprise, il s’implique en acceptant toutes les fonctions que ses confrères et consoeurs lui proposent : représentant en santé et sécurité du travail; délégué syndical; délégué au comité d’atelier; délégué au comité personnes immigrantes rattaché à la FTQ. 

L’implication syndicale comme facteur d’intégration

Pour Oukacha, « l’implication syndicale suppose l’engagement de relations humaines qui vont au-delà du métier car elle embrasse l’action solidaire, politique, communautaire et économique. L’implication syndicale suppose aussi l’écoute de l’autre pour comprendre les rouages de la vie démocratique. Quand on s’adonne à l’écoute de l’autre, on apprend en même temps à le connaître et à établir de l’action en mode de solidarité et de fraternité. Il y a alors moins d’espace pour les préjugés, la discrimination voire le racisme. » 

Dix-huit ans après son arrivée au Québec, Oukacha porte le jugement suivant : « L’action syndicale amène le respect au travailleur, quand on est syndiqué, on est plus qu’un numéro au service d’une entreprise. Notre métier et notre savoir-faire prennent une autre dimension. Je ne voulais pas être l’observateur de ma propre intégration au travail et dans la société. J’ai fait de mon intégration un engagement. » 

Oukacha nous confie que son attachement pour le Québec n’a en rien altéré son amour pour sa patrie d’origine, le Maroc, où il se rend à chaque été avec sa famille.