Témoignages

Parcours d’un militant

À la suite du coup d’État de 1982, le Guatemala a été le théâtre d’une guerre civile qui a duré jusqu’en 1996. Dès 1982, le régime dictatorial de ce pays d’Amérique centrale a fait annuler la Constitution du pays, dissoudre le Congrès et a bâillonné les autres partis politiques. 

Il s’agit sans aucun doute de la période la plus sanglante du pays. Plus de 440 villages ont été complètement rasés et près de 200 000 personnes massacrées.

Roberto Rosales est alors étudiant en médecine dans la capitale du Guatemala et activiste du Frente Estudiantil Revolucionario « Robin García » (FERG). Un matin du mois de mars 1983, son université fut la proie d’une attaque de l’armée. Des enfants, des étudiants et des professeurs ont été assassinés. 

« Lorsqu’elle [l’armée] a commencé l’assaut, ils tiraient partout. Je me trouvais dans l'autobus, lorsqu'une fille s’est fait tuer sous mes yeux. » 

Ayant réussi à fuir avant que l’armée ait complètement encerclé l’établissement, Roberto trouve refuge dans la maison de ses amis, près de l'université. Ses parents lui font alors comprendre que sa vie est en péril et qu’il doit quitter le pays. 

Roberto se retrouve à Montréal deux semaines plus tard avec 40 $ en poche. Il a dû laisser sa femme et sa fille au pays. Heureusement, il a une tante installée à Montréal qui l’accueille à son arrivée. 
Roberto se met aussitôt à la recherche d’un emploi, mais comme il ne maîtrise pas le français, il doit se contenter de petits emplois tels que commis dans un lave-auto. 

Le commencement d'une nouvelle vie

Trois mois plus tard, sa femme et son enfant le rejoignent au Québec. Ils sont enfin réunis, mais la situation économique de la famille est fragile. Leur statut de résident se régularisera qu’en 1985. Les cours de français pour les immigrants au Centre d’orientation et de formation des immigrants (COFI), s’ouvrent à eux et Roberto s’y inscrit aussitôt. 

« L’apprentissage du français m’a ouvert les portes. Pouvoir comprendre et me faire comprendre en français, ça été le commencement d’une nouvelle vie! » 

Il obtient alors un emploi dans une usine de fabrication de lampes où il syndiqué avec les Métallos. Son passé de militant le conduit à s’impliquer activement dans son syndicat local en tant que représentant à la prévention et trésorier. Quatre ans plus tard, la production de l’usine est transférée aux États-Unis et l’établissement ferma ses portes. 

Roberto se retrouve alors au chômage et tente de faire reconnaître ses diplômes du Guatemala. On lui reconnaît un peu plus que le niveau secondaire. Ne voulant pas se laisser abattre, il retourne sur les bancs d’école en s’inscrivant au Collège Ahuntsic en chimie analytique. Il compléta son DEC deux ans et demi plus tard. 
Plusieurs mois de recherche active d’emploi le mèneront chez Hydro-Québec où il décroche un poste de technicien temporaire en 1992. Il obtiendra sa permanence en 2004. 

Roberto s’implique rapidement et très activement dans son syndicat, la section locale 957 du SCFP. Il suit plusieurs formations à la FTQ et il occupera divers postes dont celui de délégué temporaire et responsable du comité régional du dossier de la santé et de la sécurité au travail. Il est aujourd’hui directeur de sa section locale. 

« J’ai vécu les difficultés de l’immigration et je sais combien toute forme d’aide est appréciée lorsqu’on se retrouve dans un nouveau milieu. J’aime aider le monde et je veux contribuer à bâtir une société plus juste et équitable. La solidarité syndicale est une voie privilégiée pour y arriver. »