Pour survivre, la Sarre parie sur le parler français

Pour survivre, la Sarre parie sur le parler français

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Le télégramme

Dans une école bilingue de Sarre, région allemande voisine de la France et du Luxembourg, des élèves apprennent gaiement le français, appelé à devenir la deuxième langue officielle de la région d'ici 2043.
 
À 9-10 ans, les petits élèves de l'école élémentaire de Lauterbach, à deux pas de la frontière avec la Moselle, savent se présenter, citer leurs animaux préférés ou discuter du temps qu'il fait en français. « Le français, c'est fastoche ! », lance Jason, neuf ans, qui aime la France pour « les crêpes ». Hannah, neuf ans également, aime « un peu » la langue de Molière, mais « les croissants » beaucoup plus.
 
En 2007, l'école « devait fermer parce qu'il n'y avait plus assez d'enfants », rappelle la directrice de l'établissement Stefani Ziegler. La solution d'en faire une école primaire bilingue français-allemand, une première en Sarre à l'époque, a été retenue. « La demande a été tellement importante » que l'école de la commune voisine, dont dépend désormais celle de Lauterbach, l'a imitée deux ans plus tard, raconte Stefani Ziegler.
 
Un marché de l'emploi attractif 
 
Avec sa stratégie « France » présentée fin janvier, qui propose un enseignement bilingue français-allemand généralisé dès la crèche, le gouvernement régional de coalition dirigé par la conservatrice Annegret Kramp-Karrenbauer veut transposer ce cas d'école à l'échelle de la Sarre, appelée à devenir une « passerelle » incontournable des échanges franco-allemands, notamment économiques.
 
Car le plus petit des Länder allemands lutte pour sa survie. Affaibli par un surendettement qui lui vaut parfois, dans les médias d'outre-Rhin, le surnom peu flatteur de « Grèce de l'Allemagne », l'État régional est menacé de fusionner, à terme, avec un autre Land. Alors que 10.000 Français l'habitent actuellement et que 18.000 travailleurs frontaliers lorrains s'y rendent au quotidien, la Sarre espère, en misant sur la francophonie, attirer davantage et inverser la spirale du dépeuplement (moins d'un million d'habitants en 2011), plus tôt que prévu. D'autant que son marché de l'emploi est plutôt attractif, avec un taux de chômage de 7,6 %, contre environ 11 % en Lorraine.